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House of Music


Kendrick Lamar au sommet du Hip-Hop

Publié par Briac Subrin-Bigot sur 20 Mars 2015, 15:02pm

Catégories : #Chroniques d'albums

Kendrick Lamar au sommet du Hip-Hop

Après avoir obtenu une célébrité mondiale avec son dernier album, le rappeur américain donne une leçon d’audace et d’intégrité sur son 3ème disque, "To Pimp A Butterfly".

Lundi 16 mars, Kendrick Lamar prenait tout le monde par surprise en publiant son nouvel album avec une semaine d’avance. Annoncé il y a à peine plus de deux semaines, le disque n’aura bénéficié que d’une promotion minimale, afin de rendre obsolète la moindre fuite. Vu le succès de "Good Kid, m.A.A.d City" sorti en 2012, "To Pimp A Butterfly" était l’un des albums les plus attendu de l’année. Le rappeur avait très bien joué le jeu et faisait monter l’excitation en ne distillant que très peu de titres avant la sortie du titre. L’année dernière étaient dévoilés le joyeux single "i" et au mois de février dernier, son parfait opposé "The Blacker The Berry".

Mais aucune de ces deux chansons ne peut résumer l’album. "To Pimp A Butterfly" contient une musique mélangeant du jazz, de la soul, du funk ainsi que du Hip-Hop rétro. Dans une atmosphère vintage, on assiste à un résumé de musique noire américaine, digérée et modernisée par le talent de Kendrick Lamar. Son flow, toujours aussi rapide et fluide, est d’une fraîcheur incroyable et fait de l’album un disque d’aujourd’hui.

Au delà de cela, ce troisième essai est aussi complexe que riche. Une seule écoute ne suffit pas à comprendre les mille nuances qu’il renferme. Des cuivres sur un titre, des scratchs et du piano sur un autre, avec des rythmes tout aussi diversifiés. Rarement un disque n’aura montré autant d’abondance sans passer pour une démonstration de force.

A l’heure du single roi, Kendrick Lamar est sûrement l’artiste le plus audacieux de la décennie. Alors qu’il détient le statut de nouvelle star du rap US, il ose faire un album sans le moindre tube (excepté peut être "The Blacker The Berry"), à l’opposé de "Good Kid m.A.A.d City" qui en regorgeait. "i" apparaît sur le disque dans une sorte de version live brute, tuant du même coup son potentiel tubesque. L’écoute de "To Pimp A Butterfly" est donc loin d’être évidente, voire même difficile dans un premier temps.

Concept a priori anachronique, "To Pimp A Butterfly" est un véritable album où chaque chanson ne vit que parce qu’elle fait partie d’un ensemble qui la surpasse. Pendant 79 minutes, Kendrick Lamar construit son disque sans narration clairement établie mais de manière cohérente et grandiose. On est happé dans l’ambiance du disque, où chaque titre est une pièce du puzzle.

Et ce puzzle forme une image, celle de la communauté noire à laquelle appartient Kendrick Lamar. C’est là tout le sujet de l’album : être noir aujourd’hui aux Etats-Unis. Le sujet prend une dimension particulière suite au meurtre d’un jeune noir par un policier en août dernier à Ferguson, dans le Missouri.

Kendrick Lamar ne cache pas sa pensée et ouvre son disque par un sample du chanteur jamaïcain Boris Gardiner, avec pour paroles : "every nigger is a star". Dans "Institutionalized" il se dit "piégé dans le ghetto et pas fier de l’admettre", cette situation étant institutionnalisée selon lui.

Le discours de Kendrick Lamar est cependant nuancé notamment sur "The Blacker The Berry" où il met en cause les violences au sein même de la communauté noire : "Pourquoi je gémis sur la mort de Trayvon Martin (un jeune noir tué en 2012 par un policier en Floride), alors que mon gang m’a fait tuer un 'nigga' plus noir que moi ?". Le rappeur américain de 27 ans se place comme le représentant de sa communauté, invoquant Nelson Mandela et Martin Luther King dans la dernière chanson, "Mortal Man". Dans ce titre, mi-chanson, mi-poème, Kendrick Lamar dialogue avec la voix de Tupac (mort en 1996) à qui il demande humblement conseil, comme s’il parlait à un Saint.

Kendrick Lamar, avec "To Pimp A Butterfly", assume pleinement ce rôle de leader et surtout l’exprime avec une œuvre à la hauteur. Complexe, osée tout en étant colossale, elle laisse entrevoir les faiblesses de son auteur, ce qui la rend d’autant plus sensible. Kendrick Lamar est un héros romantique, qui privilégie ici l’art au succès commercial, dans un grand album qui dépasse les frontières du Hip-Hop.

Kendrick Lamar

Kendrick Lamar

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